Travers (nom masculin, subst. masculin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Étendue d'un corps considéré dans sa largeur. "Il s'en faut d'un de doigt que ces planches ne se joignent."
En termes de Marine, il signifie Côté, flanc. "Ce vaisseau présentait son à la marée, au vent, au feu de l'ennemi."
En termes de Boucherie, il se dit du Bord des dernières côtes.
Il signifie, au figuré, Bizarrerie, irrégularité d'esprit et d'humeur, disposition fâcheuse, défaut de caractère. "Il a un singulier d'esprit. Un jeune homme plein de . Il donne dans ce ."
EN TRAVERS, D'un côté à l'autre, suivant la largeur. "Cette table n'est pas solide, il faut y mettre des barres en pour qu'elle puisse servir."
Fig., "Se mettre en de quelque chose," S'y opposer. "Ce projet eût été funeste : je me suis mis en ."
En termes de Marine, "Se mettre en ," Se mettre en panne. On dit de même : "Être, se tenir en ."
DE TRAVERS, De biais, obliquement. "Si vous mettez cela de , vous ne le ferez pas passer. Il est louche, il est bigle, il regarde de ."
Fig. et fam., "Regarder quelqu'un de ," Le regarder d'une manière qui marque du mécontentement, ou de la colère, ou de l'aversion. "Je ne sais ce qu'il a contre moi, mais il me regarde de ."
DE TRAVERS signifie aussi De mauvais sens, à contresens, tout autrement qu'il ne faudrait; il est alors souvent précédé de l'adverbe "Tout. Cela est mis tout de , est fait tout de travers. Il écrit tout de . Il va tout de . Il a les jambes de ."
"Avaler de ," S'étrangler en buvant ou en mangeant.
Fig. et fam., "Avoir mis son bonnet de ," Être de mauvaise humeur. "Ne lui parlez pas aujourd'hui, il a mis son bonnet de ."
DE TRAVERS s'emploie figurément dans la même acception. "Cet homme prend tout de , entend tout de . Il rapporte de tout ce qu'on lui dit. Juger tout de . Parler, répondre tout de ."
"Cet homme a l'esprit de ," Il a l'esprit mal fait, mal tourné.
À TRAVERS, AU TRAVERS DE, En allant d'un bord à l'autre, en ant. " se dit principalement pour désigner un Passage vide, libre; "Au de" se dit plutôt, au contraire, pour désigner un Passage qu'on se fait entre des obstacles, ou en ant, en pénétrant un obstacle; mais cette distinction n'est pas toujours rigoureusement observée. "Aller à bois, à champs. Ils passèrent à les vaisseaux ennemis. Il se fit jour au des ennemis. On ne voyait le soleil qu'à les nuages, qu'au du brouillard. Un coup d'épée au du corps."
Ils s'emploient figurément avec les verbes "Voir, découvrir, remarquer" et autres semblables. "Je vois clair au de toutes ces finesses. Au de tout ce qu'il dit, on voit bien qu'il n'est pas content. À ces artifices, je découvre que..."
À TORT ET À TRAVERS, Sans discernement, inconsidérément. "Il frappe à tort et à travers. Il parle à tort et à , sans savoir ce qu'il dit."
PAR LE TRAVERS DE, locution prépositive qui s'emploie en termes de Marine. À la hauteur, vis-à-vis. "La flotte était par le de tel cap."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Étendue d'un corps considéré dans sa largeur, c'est-à-dire comme s'il allait perpendiculairement d'une limite à une autre ; c'est le sens propre du latin transversus. Il s'en faut deux de doigt que ces planches ne se joignent.
CORN.: « Célidée et Hippolyte sont deux voisines dont les demeures ne sont séparées que par le d'une rue »

 2   Par extension, obliquité, irrégularité d'un lieu, d'un bâtiment, etc. Il y a du dans ce bâtiment.
     Anti-ménagiana, p. 202: Il [Ménage] est fort chagrin de n'être plus au goût du siècle, et il n'y a pas jusqu'au de sa cuisse [cuisse cassée et mal remise] qui ne le chagrine plus par la mauvaise figure qu'elle lui fait faire, que pour l'incommodité qu'il en ressent

 3   Fig. Bizarrerie d'esprit et d'humeur, fausse direction.
CORN.: « Quoique vous nommiez folies les d'auteur où vous vous êtes laissé emporter »
SÉV.: « C'est me renouveler les douleurs de l'éloignement que de me faire apercevoir les de mes inquiétudes »
BOSSUET: « Pour voir jusqu'où peut aller le d'une tête qui ne sait pas modérer son feu »
HAMILT.: « Son esprit [du prince Robert] était sujet à quelques , dont il eût été bien fâché de se corriger »
MARIV.: « Que les femmes du monde ont de ! »
DUCLOS: « Il chercha une nouvelle dissipation dans le bel esprit ; c'était alors le à la mode »
LANOUE: « Julie : Non, marquis, ce serait me donner un . - Le marquis : Tant mieux, il vous en faut »
DORAT: « Vous prenez un , je vous en avertis »
GENLIS: « Il est peut-être moins difficile de déraciner les vices du coeur que de corriger les de l'esprit »
    Donner dans le , se mal conduire.

 4   Cordage qui sert à lier des canons et autres pièces d'artillerie sur leurs chariots.
    Bûche que l'on jette sur la voie de bois, lorsqu'elle est cordée.
    Filet d'or qui est sur le dos d'un livre.
    Nom des cordes transversales dans une raquette.

 5   Terme de marbrier. Bande de marbre sous la tablette d'un chambranle et qui est supportée par les deux montants.

 6   Défaut du fer et de l'acier ; les sont des crevasses transversales.

 7   Terme de marine. Le flanc d'un bâtiment. Présenter son à la marée, au vent, au feu de l'ennemi, présenter le flanc.
    Être par le d'un bâtiment, être sur une ligne parallèle à sa longueur, c'est-à-dire de façon que les deux vaisseaux aient leurs flancs parallèles.
VILLETTE: « Je fus bientôt par le d'un quatrième [vaisseau], que le chevalier de Saint-Maure, mon matelot de l'avant, avait déjà combattu »
    Être par le , se dit d'un objet qui se trouve à peu près sur une ligne perpendiculaire à la longueur du bâtiment.
BOUGAINV.: « Une partie passa par notre sans s'arrêter »
LAPÉROUSE: « À deux heures nous étions par le de neuf petites îles ou rochers »
    Mettre en , présenter l'un des côtés du navire au vent, qui le frappera perpendiculairement.
BOUGAINV.: « Lorsque nous les eûmes suffisamment reconnues [des terres], je mis en à l'entrée de la nuit pour attendre l'Étoile »
    On dit de même : être, se tenir en .
    Être sur le d'un bâtiment, être, par rapport à ce navire, sur le prolongement d'une ligne qui en e l'épaisseur à un point quelconque de sa longueur.

 8   Il s'est dit d'une espèce de péage.
BOISGUILLEBERT: « Tous les droits d'aides, entrées et sorties des grosses villes, passages et »

 9   En , loc. adv. D'un côté à l'autre, dans le sens de la largeur. Je veux faire mettre à ma porte des barres de fer en .
LA FONT.: « Elle va donc en se placer [dans le lit] Aux pieds du sire »
DIDER.: « Qui verrait sans horreur un géant tenant un homme en dans sa bouche énorme, et le sang ruisselant sur sa barbe et sur sa poitrine ? »
    Profil en , section faite transversalement à la direction générale d'un ouvrage.

 10   De , loc. adv. Obliquement, dans une direction oblique. Il a la bouche de .
SÉV.: « Comprenez-vous bien comme notre carrosse est mis de [sur un bateau] ? »
SÉV.: « Vous êtes fâchée que votre nez ne soit point de ; et, moi qui suis rangée, j'en suis ravie »
    Chez le cheval, pied de , pied dévié en dedans ou en dehors, par suite d'une usure inégale des quartiers provenant d'un défaut d'aplomb, si le cheval n'est pas ferré, ou d'un retranchement inégal de la corne lors de la ferrure.
    Regarder de , être louche.
    Fig. Regarder quelqu'un de , le regarder avec colère, mépris ou dédain.
CORN: « Une mine froncée, un regard de , C'est le remerciement que j'aurai de mes vers »
LA FONT.: « Les trois filles de l'Achéron ne lui répondirent rien, et se contentèrent de la regarder de »
SAINT-SIMON: « M. de Noailles et M. de Barbezieux étalent fort mal ensemble : de tout cela naissait un groupe de chaque côté qui se regardait fort de »
    Fig. et familièrement. Mettre son bonnet de , être de mauvaise humeur.

 11   De , autrement qu'il ne faudrait, mal, à contre-sens. Cela est mis de Il va tout de . Il a les jambes de .
    Fig. et dans le même sens.
RÉGNIER: « Tout exprès je disais quelque mot de »
SÉV.: « On croit la trêve et la guerre quatre fois en un même jour ; on ne parle que de politique, et les raisonnements de sont inépuisables »
SÉV.: « Il [Ch. de Sévigné] se trompe dans tous ses raisonnements, il est tout de ; j'ai tâché de le redresser avec des raisons toutes droites et toutes vraies »
BOILEAU: « Et, quand la rime enfin se trouve au bout des vers, Qu'importe que le reste y soit mis de ? »
FÉN.: « Quand on est sage, on ne voit rien dans le monde qui ne paraisse de et qui ne déplaise »
FÉN.: « Que fait-il [Jupiter] là-haut dans son Olympe où il laisse toute chose sur la terre aller de ? »
HAMILT.: « Matta s'y prit tout de »
SAINT-SIMON: « La duchesse de Chartres entrait fort de dans une famille tellement au-dessus d'elle et avec une belle-mère outrée »
    Prendre de , mal comprendre.
MOL.: « Je suis bien aise de vous dire cela, afin que vous n'alliez pas prendre les choses de , et vous imaginer que je dise que c'est moi qui ai dix mille écus »
BOSSUET: « Des hommes qui prennent la religion de »
    Prendre de une chose, signifie aussi s'en fâcher.
MOL.: « Que lui fait mon avis, qu'il a pris de ? »
BOSSUET: « Abstenez-vous de dire certaines choses, quoique indifférentes et innocentes, que ces esprits mal faits prendraient de »
    Esprit de , personne d'un esprit mal fait.
LA ROCHEFOUC.: « On trouve des moyens pour guérir de la folie ; mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de »
VOLT.: « Le nombre des hommes raisonnables étant augmenté, le nombre des esprits de , qui se nourrissent d'opinions absurdes, diminuera »
    Mettre de , mettre dans une situation gauche.
SAINT-SIMON: « Une timidité qui l'embarrassait [le duc de Bourgogne] partout, faute de savoir que dire et que faire à tous les instants, entre Dieu qu'il craignait d'offenser en tout, et le monde avec lequel cette gêne perpétuelle le mettait de »

 12   Fig. De long et de , complétement. Sot de long et de .

 13   À , au , loc. prép. De part en part.
PELLISSON: « Il [Seneville] fut blessé d'un coup de mousquet au du corps »
SÉV.: « Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au du coeur »

 14   À , au , au milieu, par le milieu. Il lui donna d'un bâton à les jambes.
LA FONT.: « Et le grison se rue Au de l'herbe menue »
SÉV.: « Vous dites fort bien, on se parle et on se voit au d'un gros crêpe »
FLÉCH.: « Heureuse encore une fois l'âme, qui passe au des choses créées sans s'y arrêter, et va se perdre heureusement dans le sein de son créateur ! »
BOILEAU: « Au des ombres de la nuit, Le timide escadron se dissipe et s'enfuit »
BOILEAU: « Mais un auteur novice à répandre l'encens Souvent à son héros, dans un bizarre ouvrage, Donne de l'encensoir au du visage »
RAC.: « Ses yeux mouillés de larmes Qui brillaient au des flambeaux et des armes »
RAC.: « Quand pourrai-je, au d'une noble poussière, Suivre de l'oeil un char.... »
RAC.: « À les rochers la peur les précipite »
FÉN.: « Nous passâmes au des écueils, et nous vîmes de près toutes les horreurs de la mort »
FÉN.: « Elle court au des bois avec un dard en main »
VOLT.: « Il marchait à pied, sans appareil à sa blessure, sans aucun secours, à ses ennemis »
    Fig.
LA FONT.: « À champs, au hasard [L'homme d'Horace] Disant le bien, le mal à champs »
    Fig. et familièrement. Tout au des choux, ou, simplement, à choux, inconsidérément, sans jugement, sans égard

 15   Fig. à , au , en perçant ce qui est comparé à quelque chose de résistant.
LE CHEV.: « Au des intérêts du monde »
RAC.: « J'ai voulu.... Qu'au des flatteurs votre sincérité Fit toujours jusqu'à moi passer la vérité »
RAC.: « Au des périls un grand coeur se fait jour »
RAC.: « Andromaque, au de mille cris de joie, Porte jusqu'aux autels le souvenir de Troie »
VOLT.: « À les respects leurs trompeuses souplesses [des courtisans] Pénètrent dans nos coeurs, et cherchent nos faiblesses »
    En perçant ce qui semble cacher.
LA ROCHEFOUC.: « Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piété et d'honneur, elles paraissent toujours au de ces voiles »
MOL.: « Au de son masque on voit à plein le traître »
PASC.: « Les chrétiens hérétiques l'ont connu [Dieu] à son humanité, et adorent Jésus-Christ »
SÉV.: « Nous voyons au de sa bonne humeur qu'elle est malade, et nous en sommes très fâchés »
SÉV.: « Elle [Mme de la Vallière] a cette même grâce, ce bon air au de cet habit étrange [de carmélite] »
FLÉCH.: « Elle [Mme d'Aiguillon] aperçoit, au de tant d'apparences trompeuses, le fond de la malignité du monde »
RAC.: « Vois-je pas, au de son saisissement, Un coeur dans ses douleurs content de son amant ? »
LAMOTTE: « Mais quand la fille de Léda Au de la vieille eut connu la déesse »
VOLT.: « Quoi ! ne voyez-vous pas toutes ses cruautés, Et l'âme d'un Tartare à ses bontés ? »
VOLT.: « Sa joie éclatait même à ses douleurs »
    Voir, envisager quelque chose à ..., voir, envisager quelque chose conformément à. Il envisage cette conduite à sa passion.
MASS.: « Combien de fois le vîtes-vous dans vos assemblées ignorer l'art nouveau de se taire.... n'envisager sa fortune qu'à son devoir ! »
    Au milieu, sans ménager.
MOL.: « Apprenez, mon ami, que c'est une sottise De se venir jeter au d'un discours »
SÉV.: « Il [Bourdaloue, dans l'oraison funèbre de Condé] se jeta tout au de ses égarements et de la guerre qu'il a faite contre le roi »
    Fig. Donner au de, croire avidement.
SÉV.: « Sa femme, comme vous dites, a donné tout au des louanges et des approbations de ce marquis »
LA BRUY.: « Si ma religion était fausse, je l'avoue, voilà le piége le mieux dressé qu'il soit possible d'imaginer ; il était inévitable de ne pas donner tout au , et de n'y être pas pris »
    Nonobstant, malgré.
SÉV.: « Votre absence, dont je sens l'amertume au de toute l'amour maternelle »
SÉV.: « J'admire toujours qu'au de tout ce que je sais de la tristesse de vos pensées, vous puissiez écrire aussi librement.... que vous faites »
RAC.: « À ma colère Je veux bien distinguer Xipharès de son frère »
J. J. ROUSS.: « J'étais sûr qu'à mes fautes et mes faiblesses, à mon inaptitude à supporter aucun joug, on trouverait toujours un homme juste, bon, sans fiel, sans haine, sans jalousie »

 16   À tort et à , loc. adv. Inconsidérément, sans examen.
MOL.: « C'est un homme dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à de toutes choses »
SÉV.: « Nous entendîmes, après dîner, le sermon de Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant des vérités à bride abattue, parlant à tort et à contre l'adultère »
VOLT.: « Cette multitude qui juge de tout au hasard, qui élève une statue pour lui casser le nez, qui fait tout à tort et à »

REMARQUE
    1. à ne veut jamais de ; au veut toujours de. à ces bois, et non à de ces bois ; au de ces bois, et non au ces bois. On trouve une faute contre cette règle dans ces exemples-ci, empruntés à de bons auteurs, mais qu'il ne faut pas imiter.
BOSSUET: « À de ces affaires et de ces épines, que de péchés, que d'injustices ! »
BOSSUET: « À de ces ombres, ne découvrez-vous pas le Seigneur Jésus qui, par son sang, ouvre le sanctuaire éternel ? »
BUFFON: « Le lynx ne voit pas au la muraille (Il est bien entendu que, si de était pris partitivement, cette remarque ne s'appliquerait plus : Faire passer un gaz à du mercure.) »
    2. Les grammairiens ont essayé d'établir une distinction entre à et au , disant que à s'emploie principalement pour désigner un passage libre, vide, et au pour désigner un passage qu'on se procure entre des obstacles, on en ant, en pénétrant un obstacle. Mais, si on lit attentivement les exemples des auteurs, on verra que l'usage n'a pas consacré cette distinction. Or il n'y aurait que l'usage qui aurait pu établir une distinction dans l'emploi de deux locutions qui sont évidemment synonymes grammaticalement.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CCXXXV: De Val-Fuït sunt venuz en
    XIIème siècle
     Ronc. p. 118: Il se navient le de la mer
     la Charrette, 3018: Et li ponz qui est en Estoit de touz autres divers
     Rois, 248: Cume le temple fud si leved, del fist un entreclos de table de cedre
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Ensi pourprist le feus de defors le port en jusques parmi le plus espeis de la vile [Constantinople] »
     Berte, XVI: En sur un lit [ils] l'ont ilueque jetée
     Ren. 1235: Par deriere l'a assailli, Ferir le cuida, si failli, Le coup li cola en
     la Rose, 13115: Tant [je] les plumasse et tant preïsse Du lor de tort et de
BEAUMAN.: « En celes terres pot on aler les , dusqu'à tant qu'eles sunt mises en point de porter despuelles [moissons] »
BEAUMAN.: « Et por les marceans garder et garantir furent estauli li [droit de passage] »
ALEBRANT: « Et convient que la vaine soit sainnie [saignée] en traviers »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Vaines, arteres, ners et leur semblables, tranchiés par incision qui fust faite de [en ] »
MACHAUT: « Li autres resgardoit s'amie De , et ne rioit mie »
    XVème siècle
     Lancelot du lac, t. I, f° 8: Ses parens la semonnerent de la marier, et elle respondit tout en [tout franchement] que elle ne seroit jà par eux mariée
FENIN: « Et avoit eu ung coup d'espée de le nez, dont il eut le visage fort deffait »
     Nat. de J. C.: Vas-tu ou le trot ou le pas ? Ne me respont point de
COMM.: « À du pays de Lorraine »
     Ordonn. mai 1487: Que aucun tanneur ne achectera à et par un marché tous les cuirs d'une saison ou année
    XVIème siècle
RAB.: « Il luy bailla de son fouet à les jambes »
RAB.: « Elle abbatit tout le boys à tordz, à »
RAB.: « Le coup luy penetra le diaphragme, et par à la capsule du coeur luy sortit la broche par le hault des espaules »
MONT.: « Gens qui supportent plus malayséement une robe qu'une ame de »
MONT.: « Considerons au de quels nuages on nous mene à la cognoissance de.... »
MONT.: « S'estants jectez au de la mer Atlantique..., et navigé longtemps »
MONT.: « Il fut blecé à le corps si à point que son aposteme en creva »
AMYOT: « Il y eut un coup de javelot qui s'assena, mais ce fut du , non pas de la poincte »
AMYOT: « Petit à petit ils approcherent, passans à la presse, jusques au plus près de l'autel »
AMYOT: « Les Corinthiens estans arrivez par le du païs des Brutiens en la ville de Rege »
AMYOT: « Le barbare, en s'esloignant de la riviere, le mena par de la plaine »
AMYOT: « Caton se levant du lict les regarda en de mauvais oeil, et leur dit... »
PARÉ: « Derechef convient faire une autre incision au de la premiere, si que ces deux fassent une croix »
PARÉ: « De cest onguent en oindrez la candelette environ deux de doigt »
     Moyen de parvenir, p. 278, dans LACURNE: Elle aydoit au curé à monter sur un où les poules nichoient
     Coutume de Honfleur, dans JAL: Le de Seine [le passage de la Seine entre Honfleur et Harfleur]

ÉTYMOLOGIE
    Berry, travais, travars, travé ; bourguig. au travar ; provenç. , transvers ; catal. traves ; espagn. travesio ; portug. traveso ; ital. o ; du latin us, transversus, de tra, trans, à , et versus, tourné.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


L'étendue d'un corps considéré dans sa largeur. "Il s'en faut deux de doigt que ces planches ne se joignent."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Le biais, l'irrégularité d'un lieu, d'une place, d'un jardin, d'un bâtiment, d'une chambre, etc. "Il y a bien du dans ce bâtiment. Il faut planter des arbres pour cacher les qui sont dans votre jardin."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie figurément, Bizarrerie, caprice, irrégularité d'esprit et d'humeur. "Il a du dans l'esprit. Il a un singulier d'esprit. Un jeune homme plein de . Il a bien du dans l'humeur. Se donner des . Il a pris un dans cette affaire-ci."
Fam., "Donner dans le ," Tomber dans l'inconduite, prendre des habitudes déréglées.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

TRAVERSE, s. f. TRAVERSÉE, s. f. TRAVERSER, v. act. TRAVERSIER, IèRE, adj. TRAVERSIN, s. m. ["Travêr", "vêrce", "cé-e", "cé", "cié", "ciè-re", "cein": 2e "ê" ouv. 3e "e" muet au 2d, "é" fer. au 3e, 4e, 5e, "è" moy. et long au 6e.] "Travers" est 1°. l'étendûe d'un corps considéré selon sa largeur. 'Il s'en faut deux " de" doigt que ces planches ne joignent.
- 2°. Biais, irrégularité d'un jardin, d'un bâtiment, d'une chambre. 'Il y a bien "du " dans ce parc, dans cette maison. 'Il faut planter un petit bois dans ce jardin, pour cacher "les ".
- 3°. "Fig." Bizârrerie, caprice, irrégularité de l'esprit et de l'humeur. 'Il a "du " dans l'esprit: il est plein "de ;" il "a pris un " dans cette afaire. = Au comencement du Siècle, on disait dans le "Dict." de "Trév." que c'était un mot de conversation. "La Touche", qui était de ce tems-là, en parle comme d'un mot nouveau. 'C'est un homme, qui "a de grands ", c. à. d. des sentimens extravagans, une conduite toute irrégulière. Il remarque que l'"Acad." l'aprouve. = On dit aussi "doner dans des ": '"Dans" quels "travers" alliez vous doner l'autre jour? "Coyer".
   Quels sont donc "ces " si grands et si fâcheux?
   - - - C'est l'amour, à mon âge, et l'amour malheureux.
       "La Chaussée".
  Mon Dieu! Qu'il joint à tous ses airs grotesques
  Des sentimens et "des " burlesques.
       "Volt."
  Vous allez "vous doner un " dans le monde.
      "Sidney".

- 4°. "Travers" entre dans plusieurs locutions adverbiales. = "En "; d'un côté à l'aûtre, suivant sa largeur. 'Cette table est fort longue: il faut "mettre" des barres, "en ", pour la tenir en état. = "De ", obliquement: regarder "de ".
- "Fig." d'une manière, qui marque de l'aversion.
- À~ contre sens ou de mauvais sens: cela est mis, est fait tout "de ".
- "Fig." 'Il prend, il entend, tout "de ". 'Il raporte "de " tout ce qu'on lui dit. 'Il "a l'esprit de ", mal fait, mal tourné. 'C'est un "esprit de ", qui done un mauvais tour aux actions les plus inocentes. "Dest." = "Au " et ", prépositions. Tous deux sont bons; mais le 1er est beaucoup meilleur et plus usité: il régit le génitif, et " l'acusatif: on dit, "au du" corps";" et le" corps: l'un et l'aûtre se disent au propre et au figuré. Regarder "au des" barreaux, ou, les" barreaux. 'J'ai vu clair "au de" toutes ses finesses. "À~ " tous "ces" artifices, j'ai découvert que, "etc."
- * "Racine" n'a pas distingué ces deux régimes diférens: il se sert d'" avec le génitif.
   Ses soupirs embrasés
   Se font jour des" deux camps oposés.
       "Alexandre".
Il falait, ou "au des" deux camps, ou les" deux camps. "D'Olivet". = Il est une ocasion où " est préférable, et c'est quand on veut marquer de l'égarement et de l'imprudence. 'Ce Médecin done " ou "tout à des" purgations et "des" saignées. On dit, en ce sens, les" champs, les" blés, les" vignes; et proverbialement, "tout au des chous", inconsidérément, sans jugement, sans aucun égard. = "Par le ", terme de "Marine". À~ l'oposite; vis-à-vis. 'La flote était "par le d'un" tel Cap.
   TRAVERSE, est 1°. Pièce de bois qu'on met en : Mettre une "traverse"; des "traverses".
- 2°. Tranchée, qui se fait dans le fôssé sec d' une place assiégée ou pour le pâsser, ou pour empêcher qu'on ne le pâsse.
- Retranchement que l'on fait pour une plus longue défense, et pour s'empêcher d'être enfilé.
- 3°. Chemin, qui coupe d'un lieu à un aûtre par une route diférente du chemin ordinaire. 'Chemin "de e": il a pris "la e". = On peut dire peut-être aussi, rûe "de e", qui coupe d'une grande rûe à un aûtre; mais "rûe e" est, à mon avis, un gasconisme. = 4°. "Fig." revers, disgrâce, obstacle, empêchement. 'Il a eu, il a essuyé bien "des es". = Ce mot ne s' unit pas bien avec les pronoms possessifs, ni avec la prép. "de": on ne dit point "ses es" ou, "les es de" cet homme, ni en parlant de celui, qui les essuïe, ni en voulant parler de celui, qui les suscite. 'L'enchaînement de "ses es" formoit une barrière insurmontable à ses efforts. "Formey". Il faut dire "de ses disgrâces", "de ses malheurs". = En ce sens, il ne se dit qu'au pluriel et absolument: 'Les gens de bien sont sujets à une infinité de "traverses". L. T. = "À~ la e", adv. Il se dit de ce qui survient inopinément et aporte quelque obstacle. 'Tout aurait été fini si un tel ne fût venu, ne se fût jeté "à la e".
   TRAVERSÉE est un terme de "Marine", Trajet par mer d'un endroit à un aûtre. Dans l'"Hist. de Perse" par le P. "Ducerceau", on voit souvent "traverse" pour "voyage". 'Il y a de Candahar à Ispahan une "traverse" de trois mois de chemin. Peut-être faut-il lire "traversée", mais ce mot ne se dit qu'en termes de Marine.
   TRAVERSER, c'est 1°. Passer à , d'un côté à l'aûtre. '"Traverser une" Province, "une" forêt, "une" rivière. = 2°. Être au de: 'L'alée, qui "traverse le" jardin.
- 3°. percer de part en part. 'La pluie "a é" tous ses habits. 'Il "est" tout "traversé de" la pluie. 'Un coup de mousquet "lui ait le corps", non pas, "traversait son corps". = "Fig." Susciter des obstacles à: '"Traverser" quelqu'un "dans" ses desseins, ou, "traverser les" desseins de quelqu'un. '"Traverser une" entreprise.
   Et j'irois, pour le prix d'un si rare service,
   De ses prétentions "traverser la" justice.
       "Le Flateur".
"Traversier" a divers sens, suivant les noms auxquels il se joint. "Vent ier", qui soufle droit à l'embouchûre d'un port. 'Le "vent ier", ou (s. m.) "le ier de" ce port est le Nord.
- "Barque ière", qui sert ordinairement à er d'un endroit à un aûtre.
- "Flute ière", autrement "flûte allemande" dont on joûe, en la "mettant de sur les" lèvres.
   TRAVERSIN, chevet, oreiller long, qui s'étend de toute la largeur du lit.




Emplacement dans le dictionnaire :

travailler
travailleur
travailliste
travaïole
travaux
travée
travee
travée de balustres
travellage

traversage
traversant
traverse
traversé
traversée
traversement
traverser
traverseur
traversier
traversin
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Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...ténèbres de ma vie au sombre détour, et de faire germer dans ses fentes funèbres ces fleurs plus belles que le jour. 2e LIVRE (XVI) Eau printanière, pluie harmonieuse et douce autant qu'une rigole à travers le verger et plus que l'arrosoir balancé sur la mousse, comme tu prends mon coeur dans ton réseau léger ! à ma fenêtre, ou bien sous le hangar des routes où je cherche un abri, de quel bonheur...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...et je vous donnai par monceaux, tous les trésors de ma pensée comme des perles aux pourceaux. PÈL. PAS., JONCHÉE, MON MAL... Mon mal j'enchante toi, mauvais oeil, ou stellaire malignité, toujours de travers sonnée heure, ou qui que tu sois, être vilain, çà, tu me veux encore malfaire. Ne viens-tu pas, avec ta bouche d'autrefois, bruire et siffler ton antienne ? Ne vas-tu pas, à l'allégresse de mes...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...rompu des ruisselets obliques, il aime à voir trembler tes feux mélancoliques. L'injustice, la mort ne dépitent les sages ; aux yeux de la raison le mal le plus amer n'est qu'une faible brise à travers les cordages de la nef balancée au milieu de la mer. Et mon ami sait bien que le vert ne couronne la ramée toujours, mais ni toujours l'automne ; que c'est des jours heureux qu'il faut se souvenir,...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...s'avancer tout à coup une personne vêtue d'une tunique traînante en gaze vert d'eau, avec de longs cheveux noirs soigneusement nattés, et, sur le front, une couronne de jasmin... on voyait un peu à travers la fine tunique sa gorge pure de jeune fille que n'avait jamais contrariée aucune entrave... on voyait aussi qu'elle avait roulé autour de ses hanches, un pareo somptueux, dont les grandes fleurs...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Mariage de Loti : Rarahu)

...pour les veillées funèbres ; elles semblaient être là depuis un temps indéfini,... leurs longs cheveux les couvraient presque entièrement, elles étaient immobiles ; leurs yeux étaient fermés, mais à travers leurs paupières transparentes, je distinguais leurs prunelles fixées sur moi.... au milieu d'elles, une forme humaine, blanche et rigide, étendue sur un lit de pandanus... je m'approchai de ce...


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